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La concentration juste - Samadhi

L'octuple Sentier des Nobles - Bhavana

D'après Ajahn Sumedho


Samatha

Lorsque vous pratiquez la méditation de type samatha, vous concentrez simplement votre attention sur un objet, comme, par exemple, la sensation de la respiration. Ramenez constamment cette sensation à la conscience et maintenez-la de façon à ce qu’elle aie une continuité de présence dans votre esprit.

De cette manière, vous vous tournez vers ce qui se passe réellement dans votre propre corps, au lieu d’être attiré vers l’extérieur par des objets contactés par vos sens. Si vous n’avez aucun refuge intérieur, vous vous aventurez constamment à l’extérieur pour vous absorber dans des livres, de la nourriture et toutes sortes de distractions. Mais ce mouvement incessant de l’esprit est épuisant. Au contraire, la pratique consiste à observer la respiration, ce qui signifie que vous devez rester centré et ne pas suivre les tendances à chercher quelque chose en dehors de vous-même. Quand la concentration est vraiment établie, vous devenez littéralement cette sensation, cette impression même. Quel que soit l’objet dans lequel vous vous absorbez, vous devenez cela pour un certain temps. Vous êtes devenu cette condition très paisible. Vous êtes devenu tranquille. C’est ce que nous appelons le processus de devenir. La méditation de type samatha est un processus de devenir.

Mais cette tranquillité, si vous l’analysez, n’est pas vraiment satisfaisante. Elle est imparfaite parce qu’elle dépend d’une technique, du fait d’être attaché et absorbé dans quelque chose qui a un début et une fin. Si vous devenez quelque chose, ce ne peut être que temporairement, car le devenir est une chose changeante. Ça n’est pas une condition permanente. De façon logique, si vous êtes devenu quelque chose, le processus s’inversera : vous arrêterez d’être cela. Ça n’est pas une réalité ultime. Peu importe le niveau de concentration que vous pouvez atteindre, il sera toujours un phénomène conditionné et insatisfaisant. La méditation de type samatha peut vous mener à des états de tranquillité et de bien-être très profonds, mais ces expériences prennent toutes fin, aussi plaisantes soient elles.

Vipassana

Maintenant, si vous utilisez cet état de calme pour pratiquer la méditation vipassana – qui consiste simplement à demeurer attentif et laisser les choses suivre leur cours naturel, en acceptant le caractère fondamentalement imprévisible de cette expérience – le résultat est la conscience d’un état de paix intérieure. Cette paix est d’une autre qualité que la tranquillité résultant de samatha, parce qu’elle est parfaite, complète. La quiétude issue de la méditation samatha possède, quant à elle, quelque chose d’imparfait ou d’insatisfaisant, même dans des états méditatifs très raffinés et sereins. La réalisation de la cessation, lorsque vous cultivez cette expérience et que vous la comprenez de mieux en mieux, vous confère la véritable paix, l’absence d’attachement, Nibbana.

Samatha et Vipassana sont donc les deux aspects de la méditation. Le premier développe des états de concentration de l’esprit sur des objets raffinés, la conscience devenant ainsi elle-même raffinée. Mais être extrêmement raffiné, avoir un intellect brillant ainsi qu’une prédilection pour ce qu’il y a de plus beau contribue à rendre insupportable toute chose un peu grossière, à cause de l’attachement à ce qui est délicat. Les gens qui ont dédié leur existence à la poursuite du raffinement sont certains de trouver la vie très frustrante et angoissante quand ils ne peuvent plus maintenir de tels critères.



Credit Photo Alain Specty