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Les émotions

Que sont les émotions ?


L’émotion naît à partir d’une sensation issue d'une des portes des sens. Elle passe par le corps et correspond stricto sensu à une décharge d’énergie : on parle d’ailleurs de charge émotionnelle. L'émotion peut ne pas être consciente. On peut être coupé de ses émotions et dans ce cas-là on en fait l’expérience sur un plan purement physique (somatisation).

Parmi d’autres choses telles que les pensées ou les états d’esprit, les émotions sont ce qui fait se mouvoir. Elles sont à l’initiative de l’action mentale ou physique et, par la même, essentielles à la survie et à la gestion des événements majeurs de la vie.


Une émotion est comme un feu sous la casserole : plus forte est l’émotion, plus forte est l’action réactive car plus on est convaincu et on adhère à la pensée associée. Si l'émotion provoque trop d’inquiétude, le rapport à la réalité chancelle et le moindre souci se transforme en catastrophe. Inversement si on fait baisser l’intensité émotionnelle, on modifie l’impact qu’elles exercent sur notre vision du monde.

L’émotion colore donc notre vision du monde. Si je suis triste, tout me paraît gris et rien n’a d’intérêt. Au contraire si je suis joyeux ou amoureux, même la pluie me paraît joyeuse. Pourtant le monde reste le monde et n’a pas de couleur particulière. Seules mes émotions lui donnent une teinte.

Aristote disait qu’une émotion est adéquate quand elle est adaptée à la situation avec une intensité proportionnée aux circonstances.


Émotion positive ou négative ?


La façon la plus pragmatique de distinguer les émotions est d’examiner leurs conséquences.

Si une émotion accroît notre calme intérieur, notre bien-être ou celui des autres on dit qu’elle est positive, on la ressent comme telle. Si elle trouble notre esprit et nuit aux autres, on dit qu’elle est négative, on la perçoit comme telle.


L'émotion apparemment négative peut être positive ou vice et versa. Le désir peut traduire une intention altruiste comme de soulager la souffrance ou protéger l’environnement alors que le désir de richesse ou de plaisir a toutes les chances de de devenir une source de tourments pour soi et pour les autres. La colère peut traduire la malveillance mais aussi une juste indignation ( une révolte devant un attentat par exemple) ce qui est l’expression de la bienveillance et suscite un puissant besoin d’aider les autres. On a donc besoin des deux. Descartes dans son Traité des passions de l’âme : “maintenant que nous les connaissons toutes, n’en ayons plus peur puisqu’elles sont toutes bonnes par nature”


Le seul critère à envisager est le bien-être ou la souffrance qui en résulte pour soi, pour les autres ou la relation entre soi et les autres.


Une parenthèse : parler d'émotion agréable ou désagréable perpétue la confusion entre bonheur et plaisir. Le plaisir est engendré par stimuli agréable d’ordre sensoriel, esthétique ou intellectuel. Il est instable et peut facilement se transformer en indifférence voire en déplaisir ou en dégoût (une musique sublime écoutée en boucle devient une rengaine insupportable). D'autre part, la recherche individuelle du plaisir peut aller à l’encontre du bien d’autrui. Le bonheur lui est un état intérieur stable non soumis au circonstances.


Les effets des émotions


Si on examine les effets que les émotions produisent sur nous, on se rend compte qu’au moment où elles se déchaînent, notre perception des autres et de la situation ne correspond pas à la réalité.

Les émotions entraînent une vision fausse de la réalité. Cette évidence nous échappe une fois que le désir ou la colère nous envahit. (Sciences cognitives : seuls 20% de la réalité est accessible lors d’une charge émotionnelle forte, 80% sont faussés par notre perception émotive).


Si on laisse faire les émotions, elles vont se renforcer par le pouvoir de notre mémoire qui surajoute aux moment présent l’empreinte émotionnelle passée. Et par le pouvoir de la répétition l’émotion devient de plus en plus forte. Et au bout d’un certain temps, la majeure partie de ce que l’on perçoit est colorée par cette émotion qui devient effectivement la cause de notre mal être et le bonheur n’a plus une seule chance d’être perçu. Ce mécanisme relève de l’habitude et du conditionnement de l’esprit.


A force d’en prendre conscience et d’examiner leurs effets, on devient capable de les voir venir de plus loin. On peut appliquer l‘antidote qui convient avec l’idée qu’il est plus facile d’éteindre une étincelle qu’un feu de forêt. En affinant davantage la compréhension, on arrive au point où on peut gérer les émotions au moment même où elles surgissent et gagner de la liberté.


La gestion des émotions


1/ AU MOMENT DE L’ÉMOTION : Aiguiser son attention pour prendre conscience des émotions négatives au moment où elles surgissent. Il s'agit de rester dans la présence de l’émotion : la pleine conscience de l’anxiété n’est pas l’anxiété : elle est seulement “expérience”. Ne pas chercher à la modifier, ou à la faire disparaître, ne pas la contrôler mais regarder de quoi elle est faite, de quels états corporels elle est accompagnée et quels types de pensées elle engendre. Rester dans le moment présent sans la cause qui est passée et les conséquences qui sont futures. En fait, ne pas suivre l'histoire associée à l'émotion. On la coupe ainsi de sa source de combustible et il arrive un moment où l'émotion n’est plus qu’un pâle reflet de ce qu’elle était au départ puis finit par disparaître complètement.


2/ L'ESPACE DE LA MÉDITATION : Apprendre à mieux connaître ses émotions : les voir pour ce qu’elles sont : une énergie qui donne lieu à une fabrication mentale. La méditation donne ce pouvoir de faire revivre l'émotion en gardant une distance. La colère n’est pas un forcené qui se jette sur moi avec un couteau. Je peux avoir l’impression qu’elle est puissante mais ce n’est qu’une fabrication de mon esprit et s’il l’a fabriquée, il peut aussi s’en libérer. Pourquoi la laisser prendre une telle emprise sur moi ? La reconnaissance de cette vérité est en soi libératrice.


3/ UNE FAÇON DE VIVRE : Cultiver les états d’esprit positifs : plus on ressent de l’affection, de l’admiration, de la bienveillance, du bonheur, moins il y a d’espace pour la flambée des émotions douloureuses et négatives.


Notre relation aux émotions est ambiguë. Leurs excès nous font souffrir mais on pense qu’il faut vibrer pour exister et que la méditation viendrait nous amputer de nos émotions ou nous apprendre à ne plus en avoir. La méditation nous amène surtout à les voir telles qu’elles sont et les vivre pour ce qu’elles sont en levant un voile d’illusion les concernant auquel nous sommes habitués, conditionnés.




Credit Photo Mark Daynes

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